Le pilote prend fin après un an

L'accord bilatéral d'échange de migrants entre le Royaume-Uni et la France a pris fin après un an d'essai. Le Home Office a confirmé mercredi que le pilote ne traite plus de nouveaux dossiers, mettant un terme au mécanisme dit « un pour un » qui permettait à la Grande-Bretagne de renvoyer vers la France les personnes arrivées par bateau dans la Manche, en échange de l'admission d'un nombre équivalent de demandeurs d'asile déjà contrôlés. L'accord, conclu à la mi-2025 sous l'ancien Premier ministre britannique Keir Starmer pour apaiser les tensions diplomatiques d'après-Brexit, devait expirer le 1er octobre 2026. Si les responsables britanniques ont exprimé leur intérêt à maintenir le dispositif, le ministère français de l'Intérieur a confirmé négocier les modalités d'un retrait.

Chronologie du pilote d'échange de migrants entre le Royaume-Uni et la France
  1. Le Royaume-Uni et la France lancent le pilote de retour « un pour un » sous Keir Starmer.
  2. Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nunez annonce que le pilote ne sera pas prolongé au-delà d'octobre.
  3. Le Premier ministre britannique Andy Burnham demande au président français Emmanuel Macron de prolonger l'accord.
  4. Le Home Office confirme que le dispositif a cessé de traiter de nouveaux dossiers.

Résultats de l'échange et limites opérationnelles

Dans le cadre de cet accord réciproque, la Grande-Bretagne a renvoyé environ 1 500 migrants irréguliers en France et en a admis à peu près autant en situation régulière. Le résultat reste en deçà de l'objectif global de 2 600 transferts entre les deux pays. Les autorités britanniques ont privilégié l'admission légale de personnes ayant des liens familiaux existants au Royaume-Uni et de nationalités jugées particulièrement vulnérables aux réseaux de passeurs. Une source gouvernementale britannique a indiqué que l'essai avait obtenu quelques résultats mais n'avait pas atteint l'échelle opérationnelle prévue. Les vols de retour programmés se poursuivront dans les semaines à venir, le temps que les deux administrations achèvent le traitement des dossiers en cours.

Transferts du pilote comparés à l'objectif (personnes)
Transferts visés2 600Renvoyés en France1 500Admis au Royaume-Uni1 500

Frictions diplomatiques et politique européenne

Les difficultés opérationnelles du mécanisme de retour transfrontalier ont limité la capacité hebdomadaire de transferts. La ministre britannique de l'Intérieur Shabana Mahmood a déclaré au Parlement début septembre que la gestion de retours en grand nombre vers l'appareil administratif français créait d'importantes frictions.

Ce qui a été le plus difficile sur le plan opérationnel, c'est de faire monter en puissance des renvois très nombreux chaque semaine vers le système français.

— Shabana Mahmood

Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nunez avait informé les parlementaires en juin que 951 personnes avaient été renvoyées en France et 935 acceptées par la Grande-Bretagne au titre du pacte. M. Nunez avait alors déclaré que la France recherchait une stratégie européenne plus large plutôt que de gérer seule une police des frontières bilatérale. Le Premier ministre britannique Andy Burnham a demandé au président français Emmanuel Macron, lors d'entretiens bilatéraux en septembre, de préserver l'accord, mais Paris a maintenu sa décision de s'en retirer. Des organisations humanitaires, dont Médecins sans frontières, s'opposaient au programme depuis son lancement, critiquant le traitement des demandeurs d'asile et rejetant toute reconduction.

Traversées de la Manche et victimes

La fin du pilote intervient alors que les volumes migratoires évoluent dans la Manche, où les traversées en petite embarcation sont apparues comme un enjeu national en 2018. Les chiffres du gouvernement britannique font état de 19 196 migrants arrivés par la Manche entre janvier et fin septembre 2026, soit une baisse de plus de 40 % par rapport à la même période en 2025. Malgré des traversées globalement moins nombreuses, la route maritime reste dangereuse. Au moins 22 migrants sont morts en tentant la traversée entre janvier et fin septembre 2026, dont trois décès enregistrés le lundi précédant l'expiration de l'accord.