Le gouvernement revient sur sa directive d'accueil des demandeurs d'asile

Le ministère sud-africain de l'Intérieur a annoncé vendredi le retrait d'une directive autorisant la réception des demandes d'asile, un jour après des manifestations anti-migrants qui ont dégénéré à Durban et à Soweto, un township proche de Johannesburg. Cette directive devait mettre en œuvre un arrêt de la Cour constitutionnelle du 7 juillet selon lequel les demandeurs d'asile ne peuvent se voir refuser l'accès au système d'asile pour des motifs purement procéduraux, comme une entrée illégale dans le pays. Dans son communiqué, le ministère indique que la directive avait été prise comme mesure opérationnelle, mais que sa mise en œuvre avait saturé en quelques jours les bureaux d'accueil des réfugiés, exposé des agents et menacé la sécurité et l'ordre publics. Le porte-parole du gouvernement, William Baloyi, a imputé ces tensions à la désinformation autour de l'arrêt, en soulignant qu'il n'accordait pas automatiquement le statut de réfugié, la résidence permanente ni d'autres droits juridiques aux migrants sans papiers.

Nous sommes profondément préoccupés par ce qui se passe actuellement.

— William Baloyi
Chronologie de la directive sur l'asile
  1. La Cour constitutionnelle juge que les demandeurs d'asile ne peuvent se voir refuser l'accès pour des motifs purement procéduraux
  2. Les manifestations anti-migrants dégénèrent à Durban et à Soweto
  3. Le ministère de l'Intérieur retire la directive sur la réception des demandes d'asile

Violences à Durban et à Soweto

Les troubles de jeudi ont commencé à Durban, où une manifestation a suivi des accusations selon lesquelles un ressortissant étranger aurait agressé l'un des manifestants, a indiqué la police. Les manifestants se sont rassemblés devant un centre public d'accueil des réfugiés pour exiger qu'il cesse d'accepter les demandes d'asile, et la police a tiré des balles en caoutchouc pour disperser la foule tandis que les commerces du centre-ville fermaient leurs portes. La police a indiqué que 14 véhicules avaient été incendiés à Durban et 10 à Soweto, où des coups de feu ont également été signalés lors d'affrontements entre habitants et commerçants étrangers. Trois ressortissants étrangers ont été arrêtés en lien avec l'agression présumée. À Orlando West, un quartier de Soweto, les habitants s'étaient d'abord rassemblés pour exiger la fermeture de petites supérettes, les spaza shops, tenues par des étrangers, et des manifestants ont chassé des commerçants étrangers de certains secteurs tandis qu'un bâtiment était incendié, selon les médias locaux.

Véhicules incendiés jeudi, par lieu (véhicules)
Durban14Soweto10

Le porte-parole du département de police métropolitaine de Johannesburg, Xolani Fihla, a décrit les affrontements dans un entretien avec le diffuseur public SABC.

Il est rapporté qu'il y a eu des affrontements entre des ressortissants étrangers de la zone et des ressortissants sud-africains.

— Xolani Fihla

À l'heure actuelle, je peux confirmer qu'aucun blessé n'a été signalé.

— Xolani Fihla

La réponse policière

Le commissaire national par intérim de la police, Puleng Dimpane, a condamné la destruction de biens et déclaré que le calme était revenu à Soweto lors d'un point presse tenu sur place vendredi, près des carcasses des véhicules incendiés. À Durban, le porte-parole de la police, Robert Netshiunda, a indiqué que la situation s'était stabilisée et qu'une réaction policière rapide avait permis d'éviter davantage de dégâts. La police a fait savoir que des renforts avaient été déployés pour prévenir de nouvelles violences, et les autorités ont promis de poursuivre les responsables des destructions.

L'arrêt et le contexte

L'arrêt de la Cour constitutionnelle a invalidé les restrictions qui empêchaient certaines personnes de demander l'asile en raison de leur mode d'entrée dans le pays ou de délais d'immigration manqués. Il a conduit des centaines de personnes à se rassembler devant les centres d'accueil des réfugiés, alimentant la colère de militants anti-immigration qui craignent que cette décision n'encourage la migration sans papiers. Des groupes populistes et anti-immigrés ont exigé que les ressortissants étrangers sans papiers quittent le pays avant le 30 juin, et des dizaines de milliers de personnes ont fui le territoire, certaines rapatriées par leurs gouvernements. Les migrants sont souvent rendus responsables du chômage, de la criminalité et de la pression sur les services publics, des accusations que les spécialistes des sciences sociales jugent non étayées.