Démission et destitution

Santiago Peña a annoncé sa démission le jeudi 5 novembre, mais celle-ci n'a pas pris effet faute de quorum au Congrès pour la voter. Le Sénat a en revanche ouvert une procédure de destitution, et le Congrès a suspendu la démission pendant le déroulement de cette procédure : le président reste donc en fonction à titre provisoire. Il a reçu la notification des charges le jeudi à 22 h 15, heure locale. Dans une lettre adressée à Basilio Núñez, président du Sénat et du Congrès, il affirme que l'accusation est un document de 15 pages accompagné d'environ 300 pages d'annexes, et que moins de 12 heures ne suffisaient pas pour choisir un avocat et préparer sa défense.

Les étapes clés de la procédure de destitution de Peña, 5-6 novembre 2026
  1. Peña annonce sa démission, mais le Congrès n'a pas le quorum pour la voter
  2. Peña reçoit la notification de destitution : une accusation de 15 pages accompagnée d'environ 300 pages d'annexes
  3. Le Sénat rejette la demande de prolongation de 72 heures de Peña et le convoque au Congrès

Peña a demandé une prolongation de 72 heures, mais le Sénat a rejeté la demande et l'a convoqué au Congrès pour lancer la procédure immédiatement. Il a fait valoir qu'une procédure susceptible d'aboutir à une sanction doit respecter les garanties d'un État de droit. Il a résumé son propos en une phrase :

Ce n'est pas une procédure régulière.

— Santiago Peña

L'effondrement d'Ueno Bank

Ueno Bank a été lancée en 2021 comme fintech et s'est rapidement imposée parmi les principaux prêteurs du Paraguay, à coups d'offres agressives, de services numériques et d'une publicité intense. Elle en est venue à gérer environ 850 millions de dollars de fonds publics, dont des dépôts d'institutions publiques et d'organismes de retraite. Les superviseurs ont ensuite découvert des prêts risqués à des sociétés liées aux actionnaires de contrôle et des irrégularités dans l'enregistrement de certains actifs. Une fois les comptes corrigés, les fonds propres de la banque sont tombés sous la moitié du minimum légal, et la Banque centrale est intervenue début novembre pour transférer les dépôts et les actifs récupérables vers d'autres établissements. L'opposition accuse Peña d'un conflit d'intérêts en raison de ses liens d'affaires antérieurs avec la banque.

Les comptes, les cartes et les virements ont été bloqués, laissant environ trois millions de clients, près de la moitié de la population, dans l'impossibilité d'utiliser leur argent. De longues files d'attente se sont formées devant les agences. Le calendrier de restitution des dépôts établi par la Banque centrale a débuté le vendredi 6 novembre, mais de nombreux déposants restent dans l'incertitude quant au recouvrement de leur argent. Environ 7 000 salariés du groupe Vazquez, qui contrôle plus de 37 sociétés en plus de la banque, craignent pour leur emploi et leurs salaires.

Manifestations à Asunción

Des milliers de personnes ont veillé le vendredi 6 novembre devant le Congrès, le siège central de la banque et le ministère du Travail à Asunción, beaucoup portant le maillot de l'équipe nationale du Paraguay. Des manifestants ont brûlé des cartes de débit et de crédit Ueno devenues inutilisables. Des récits font aussi état d'affrontements violents avec la police. Des milliers de salariés du groupe Vazquez étaient également sur la place.

Dans la soirée du jeudi 5 novembre, des manifestants rassemblés devant le siège de la banque ont repoussé l'ancien candidat à la présidentielle et dirigeant du mouvement Cruzada Nacional, Paraguayo « Payo » Cubas, lui lançant des bouteilles et le bousculant alors qu'il tentait de les rejoindre. À la colère contre la banque s'ajoute celle de son personnel, qui craint pour sa paie.

Défense et suites

Peña a déclaré sur les réseaux sociaux qu'il comparaîtrait devant le Sénat et exercerait son droit à la défense, avec des arguments et des preuves et dans le respect de la Constitution. Il a présenté cette démarche comme une redevabilité envers le peuple paraguayen plutôt qu'une question d'orgueil personnel. Il a aussi annoncé qu'il rendrait publique sa « vérité », même si elle devait être inconfortable pour de nombreux acteurs politiques :

Je ne me déroberai jamais à mon engagement envers le peuple, encore moins dans les moments difficiles.

— Santiago Peña

La séance ouverte le jeudi s'est close en fin d'après-midi, et Peña devait la reprendre le vendredi 6 novembre à 10 h, heure locale. Un porte-parole du gouvernement a démenti les informations selon lesquelles le président envisageait de quitter le pays. La notification qu'il a reçue contenait environ 300 pages d'annexes, bien plus que les 15 pages de l'accusation elle-même.

Nombre de pages de la notification de destitution visant Peña (pages)
Document d'accusation15Annexes (environ)300