Des arbres abattus pendant un week-end férié
Des centaines d'arbres ont été abattus à East Potomac Park, un parc public et terrain de golf de 106 ans situé sur l'île de Hains Point à Washington, pendant un week-end férié. Un décompte fait état de plus de 400 arbres, un autre d'environ 500. Le parc couvre près de 400 acres, et l'abattage a eu lieu sans que le tribunal ni les plaignants qui tentent de bloquer le projet en soient vraiment informés.
La juge Ana Reyes, nommée par Joe Biden, a délivré mardi 13 octobre une ordonnance de restriction temporaire interdisant tout nouvel abattage jusqu'au 26 octobre. L'ordonnance exige aussi que le gouvernement prévienne trois jours ouvrés à l'avance avant toute nouvelle modification qu'elle a qualifiée d'irréversible. Lors d'une audience, elle a qualifié la conduite de l'administration de tromperie et déclaré qu'elle avait fait confiance aux responsables pour qu'ils ne fassent pas ce qu'ils ont fait. Les avocats du gouvernement ont affirmé au tribunal que les plans de rénovation n'étaient que conceptuels et que l'abattage n'était pas lié au projet.
Les publications de Trump et le projet de réaménagement
Le dimanche 18 octobre, Trump a publié sur Truth Social une carte du parcours réaménagé et a décrit le parcours existant comme vieux, délabré et dangereux. Il a indiqué que le parc fermerait pendant 15 mois à partir du 15 novembre. Dans une publication du lundi 19 octobre, il a écrit que les travaux devaient commencer immédiatement, ce qui cadrait mal avec la description antérieure du gouvernement, qui parlait de plans conceptuels. Reyes s'est montrée ouvertement sceptique quant à l'affirmation selon laquelle l'abattage et le réaménagement étaient sans lien.
Il n'existe aucun univers dans lequel tout cela se serait produit par coïncidence au même moment
Elle a fait cette remarque lors d'une audience houleuse consacrée à un projet central dans la volonté de Trump d'imprimer sa marque personnelle sur la capitale.
Demande de récusation et attaques contre la juge
Le ministère de la Justice a demandé à Reyes de se retirer de l'affaire, invoquant une hostilité manifeste envers l'administration. Les récits divergent sur la date de dépôt de cette requête, vendredi 16 octobre ou dans la nuit du samedi. Stanley Woodward, procureur général adjoint, dont le nom figurait sur la demande, a accusé la juge de théâtralité et de faute dans d'autres affaires très médiatisées. Reyes a refusé de se récuser dans une réponse déposée dans la nuit du dimanche 18 octobre.
Le lundi 19 octobre, avant l'audience, Trump a publié vers 6 h un message attaquant la juge.
La juge en charge de l'affaire est une folle furieuse dont les enregistrements du tribunal révéleront, peut-être, qu'elle est démente ?
Il a aussi écrit que le golfeur à l'origine du recours n'avait pas qualité pour agir. Les plaignants sont représentés par Democracy Forward et comptent la D.C. Preservation League et deux golfeurs ; ils ont demandé à Reyes de prolonger son ordonnance, affirmant que les travaux causent des dommages irréversibles.
Un contentieux plus large de projets à Washington
Le terrain de golf est l'un des plusieurs projets washingtoniens désormais devant les tribunaux. Au moins neuf juges ont été saisis d'affaires contestant des chantiers lancés par Trump pour refaire la capitale, dont un arc monumental prévu, la destruction potentielle du Kennedy Center, une salle de réception de la Maison-Blanche et la rénovation du golf. Près de deux ans après son retour au pouvoir, des juges sont appelés à décider si un arbre peut être abattu ou si un test de peinture peut se poursuivre. David Singleton, professeur de droit à l'Université du District de Columbia, résume le problème sans détour.
L'administration a créé un problème : les tribunaux sont submergés de recours contre des initiatives qu'elle a engagées pour satisfaire l'ego d'un seul homme
La Maison-Blanche n'avait pas répondu aux demandes de commentaire au moment de la publication.
La suite
Des responsables du ministère de l'Intérieur devaient témoigner lors d'une audience à 10 h le lundi 19 octobre, après que Reyes leur a demandé de se prononcer sur l'affaire. L'ordonnance sur l'abattage court jusqu'au 26 octobre, et le calendrier publié par Trump prévoit un début des travaux le 15 novembre avec une fermeture de 15 mois. Les plaignants ont demandé à Reyes de prolonger la suspension des travaux. La chronologie ci-dessous récapitule les dates clés du litige.
- Des centaines d'arbres abattus à East Potomac Park sans que le tribunal ni les plaignants en soient vraiment informés
- La juge Ana Reyes délivre une ordonnance de restriction temporaire interdisant tout nouvel abattage jusqu'au 26 octobre
- Trump publie une carte du projet et prévoit une fermeture du parc de 15 mois à partir du 15 novembre
- Reyes refuse la demande de récusation du ministère de la Justice
- Trump publie une attaque contre la juge et affirme que le golfeur à l'origine du recours n'a pas qualité pour agir
- Des responsables du ministère de l'Intérieur doivent témoigner lors d'une audience sur le réaménagement
- Date de fin de l'ordonnance de restriction temporaire telle qu'actuellement énoncée
- Début prévu des travaux et fermeture du parc pendant 15 mois, selon la publication de Trump