Deuxième jour d'affrontements à Tirana
Les manifestations étudiantes en Albanie ont dégénéré pour le deuxième jour consécutif mercredi 14 octobre 2026, le centre de Tirana devenant un champ de bataille. Les manifestants ont lancé des briques, des pierres et des cocktails Molotov contre le ministère de l'Éducation, et un incendie s'est déclaré dans des bureaux du premier étage du bâtiment, dont les vitres avaient déjà été brisées lors des affrontements de la veille. Les manifestants ont également mis le feu à une banque, et un témoin cité par Reuters a décrit un incendie dans une agence voisine de Raiffeisen Bank. Les médias albanais ont fait état de dégâts et d'un incendie dans une agence de la société de microcrédit Iute Credit. Des images vidéo ont montré des manifestants arrachant des barrières métalliques des trottoirs, renversant des poubelles et construisant des barricades.
Arrestations, blessés et réponse policière
La police a indiqué que plus de 12 personnes avaient été arrêtées mardi 13 octobre, premier jour des troubles, et que six policiers avaient été blessés. Mercredi 14 octobre, l'AFP a fait état de 16 arrestations et indiqué que les autorités recherchaient encore d'autres personnes ayant participé aux affrontements. Les médias albanais ont évoqué au moins 20 interpellations en fin d'après-midi et cinq blessés, dont un policier, mais ces chiffres proviennent de bilans successifs et il n'est pas clair qu'ils couvrent la même période. Le ministère de la Santé a indiqué que quatre manifestants et un policier avaient eu besoin de soins médicaux lors des affrontements de mercredi. Trois des manifestants ont été transportés à l'hôpital universitaire Mère Teresa pour des blessures légères, deux sont sortis, et le troisième restait en observation sans danger pour sa vie. Le policier est sorti après avoir reçu les premiers soins. Six autres personnes blessées lors des affrontements de la veille étaient encore hospitalisées, dont trois manifestants et trois passants, l'un d'eux devant être opéré.
Vidéo d'un homme interpellé et suspensions de policiers
Une vidéo a montré un homme de 19 ans à la jambe cassée, semblant s'évanouir, porté rudement par des policiers près du bâtiment du Parlement au lieu de recevoir les premiers secours. Il a déclaré n'avoir aucun lien avec le rassemblement et n'avoir fait que passer dans le secteur. Après la publication de la vidéo, la police a suspendu le chef du département de l'ordre public d'un commissariat ainsi que d'autres agents. Les récits diffèrent sur le nombre de suspensions : une version évoque quatre agents plus le chef de département, tandis que l'annonce officielle citée mentionne cinq agents. Le directeur général de la police d'État a ordonné les suspensions, et la direction des normes professionnelles de la police a ouvert une enquête disciplinaire sur l'incident et le traitement du jeune homme.
Revendications et réponse du gouvernement
Les organisateurs ont indiqué que les manifestations portent sur les conditions dans les universités, le coût de l'enseignement supérieur, l'aide financière aux étudiants et les perspectives d'emploi après l'obtention du diplôme. Les rassemblements ont pris un caractère plus largement anti-gouvernemental, des personnes de tous âges descendant dans la rue pour protester contre les inégalités sociales et la politique gouvernementale, et des étudiants ont réclamé la démission du gouvernement d'Edi Rama. La députée Albana Kotsiu a réagi sur Facebook et a souligné :
La protestation est un droit légitime, mais elle ne peut servir de prétexte à la violence, aux destructions dans la ville ou à de vilains affrontements
Elle a appelé les étudiants et les citoyens défendant le droit de manifester à se distancier de la violence et du vandalisme. Lulieta Kola, l'une des participantes, a estimé que l'écart entre riches et pauvres en Albanie est devenu particulièrement large :
Ce dont l'Albanie a besoin, c'est d'une révolution, d'un changement, d'un renversement complet du système, parce que cela ne peut plus durer.
Une vague plus large de protestations étudiantes en Europe
Les manifestations albanaises s'inscrivent dans une vague plus large de mobilisation étudiante en Europe centrée sur l'éducation et les conditions de vie. En France, des lycéens manifestent et bloquent des établissements depuis des semaines, réclamant davantage d'enseignants et de meilleures installations, et affirment que la dégradation des bâtiments scolaires et la surcharge des classes nuisent à l'enseignement. Des revendications similaires ont été exprimées par des élèves et des étudiants en Belgique. En Albanie, des étudiants de l'université de Shkodra ont également cessé de suivre les cours en solidarité avec les manifestants de Tirana et ont condamné ce qu'ils ont qualifié de violences policières la veille. Des étudiants de l'université de médecine, de l'école polytechnique, de la faculté de droit et d'autres facultés de Tirana ont boycotté les cours mercredi 14 octobre et ont marché vers le ministère de l'Éducation.
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