La perquisition et la coupure de la diffusion
La police est entrée au siège de Halk TV à Istanbul tôt mercredi 14 octobre 2026. La chaîne a annoncé sur X que des agents se trouvaient dans le bâtiment, qu'un administrateur avait été nommé et que les directs avaient été interrompus. Fanpage rapporte que le flux en direct s'est éteint à 6 h 30, heure d'Istanbul, remplacé par des danses folkloriques et de vieux films, et que le personnel était maintenu à l'extérieur derrière des barrières policières. El Mundo rapporte que des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le bâtiment pour protester. Le parquet a indiqué que la gestion de la chaîne avait été confiée au Fonds d'assurance des dépôts d'épargne (Tmsf), un organisme public. La journaliste Gamze Altunay a écrit sur X que le matériel avait été saisi et que le bâtiment où elle travaille depuis cinq ans était inaccessible.
- Un tribunal ordonne la fermeture du site d'information indépendant T24, accusé de propagande LGBT
- Deux journalistes arrêtés et deux autres placés en résidence surveillée à propos d'articles sur un scandale de fonds d'investissement
- Des organisations de défense des droits demandent à X de résister aux décisions de justice bloquant des centaines de comptes
- La police entre au siège de Halk TV et un administrateur est nommé
- Le direct s'interrompt, remplacé par des danses folkloriques et de vieux films
Gardes à vue et enquête pour corruption
Le parquet d'Istanbul a émis 17 mandats de garde à vue et indiqué que 11 personnes avaient été placées en garde à vue, sans révéler leur identité. L'enquête porte sur des soupçons de trucage d'appels d'offres, de corruption et de blanchiment d'argent, et elle est centrée sur le président de la chaîne, Cafer Mahiroglu. L'AP rapporte que Mahiroglu vit à l'étranger et a déjà nié les accusations portées contre lui. Dans une vidéo publiée sur X, Mahiroglu a déclaré que sept membres de sa famille figuraient parmi les personnes placées en garde à vue. Fanpage, citant le parquet, rapporte que des sociétés dans lesquelles il détient des participations ou exerce des fonctions de dirigeant ont été saisies sur décision de justice.
Réactions du personnel et de l'opposition
Le directeur général de Halk TV, Suat Toktaş, a demandé à l'administrateur nommé de maintenir le direct, invoquant le droit des téléspectateurs à l'information. Fanpage, citant un programmateur de la chaîne, rapporte que la demande a été refusée. Dans une vidéo partagée par la chaîne, Toktaş apparaît en train de soutenir que la perquisition était illégale. Mahiroglu a décrit la journée en termes très durs dans sa vidéo.
Aujourd'hui est un jour sombre pour la Turquie. Le droit des citoyens à l'information est confisqué pour des raisons politiques.
Le chef de l'opposition, Özgür Özel, a dénoncé la perquisition sur X en des termes tout aussi durs.
Perquisitionner une chaîne de télévision à l'aube et nommer un administrateur, c'est ce que seuls des dictateurs font.
El Mundo rapporte que le personnel a publié un communiqué commun qualifiant de confisquée la chaîne, qui existe depuis près de 20 ans, et présentant l'épisode comme la nouvelle norme en Turquie.
Une pression accrue sur la presse
L'AP note que la liberté de la presse n'a cessé de reculer au cours des plus de deux décennies de pouvoir d'Erdoğan, et que la plupart des médias sont sous contrôle gouvernemental. La Turquie occupe la 163e place sur 180 pays dans l'indice de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Environ deux semaines avant la perquisition, un tribunal d'Istanbul a ordonné la fermeture du site d'information indépendant T24, accusé de « propagande LGBT », selon Le Monde. Dans la semaine du 5 octobre 2026, deux journalistes ont été arrêtés et deux autres placés en résidence surveillée à propos d'articles sur un scandale de fonds d'investissement impliquant une personnalité de premier plan du parti au pouvoir d'Erdoğan, rapporte l'AP. El Mundo compte Halk TV comme le cinquième média de premier plan placé sous tutelle cette année, après Flash TV, Ekotürk, Habertürk et Tele1. L'Association des journalistes contemporains, basée à Ankara, a condamné la mesure.
La nomination d'un administrateur à Halk TV et la suspension de sa diffusion constituent une grave atteinte à la liberté de la presse et à la liberté d'expression.
Lundi 12 octobre 2026, des organisations de défense des droits en Turquie et à l'étranger ont demandé à X de résister aux décisions de justice bloquant des centaines de comptes de journalistes et de militants, et au gouvernement de cesser d'émettre de telles décisions. Les autorités justifient ces restrictions par la sécurité publique.
Contexte politique et questions en suspens
Fanpage rapporte que la perquisition est intervenue alors que s'ouvrait la phase de défense du procès collectif d'Ekrem İmamoğlu, le maire d'Istanbul détenu depuis mars 2025 et suspendu de ses fonctions. Le même média note que de nombreux sondages le désignent comme le seul adversaire capable de battre Erdoğan à l'élection présidentielle de 2028. El Mundo rapporte qu'İmamoğlu a fait une déclaration à l'audience le jour même, et la directrice régionale adjointe d'Amnesty International pour l'Europe, Esther Major, a souligné que la perquisition avait eu lieu ce jour-là. Mahiroglu reste hors de Turquie, et au moment de la publication, la diffusion de la chaîne restait sous le contrôle de l'administrateur nommé par les autorités.