Un démenti catégorique sur l'usage de l'IA

Thélyson Orélien, auteur canado-haïtien, nie que l'intelligence artificielle ait écrit son roman C'était ça ou mourir. Dans un texte envoyé à l'AFP le mardi 13 octobre 2026, intitulé « Ce roman que j'ai écrit », il qualifie cette affirmation de calomnie et d'hérésie. Il reconnaît avoir eu recours à des outils de recherche ici et là, notamment pour des tournures étrangères, mais affirme que le sens et la structure du récit viennent de lui. Il soutient que le livre est sa propre création, tirée de ses blessures et de celles d'autres migrants.

Aucune phrase de ce livre n'a été créée par une machine.

— Thélyson Orélien

Comment l'accusation d'usage de l'IA est apparue

L'affirmation a d'abord circulé en septembre via un compte anonyme sur X nommé Balance ton Claude, qui soutenait que le roman avait été écrit presque entièrement avec l'IA, en s'appuyant sur le programme de détection Pangram. L'essayiste français Samuel Fitoussi a ensuite indiqué faire partie du groupe à l'origine de ce compte, aux côtés d'autres personnes dont il n'a pas révélé l'identité. L'AFP a soumis les mêmes extraits à d'autres détecteurs et obtenu des résultats divergents, certains passages étant jugés très probablement écrits par un humain et d'autres crédités d'une probabilité de 100 % de génération par IA. La vérification menée par l'AFP a conclu à une forte probabilité que le roman ait été écrit par un humain. Orélien dit préparer un dossier avec ses éditeurs, et situe le début du livre à l'automne 2017 au Québec et une première version en 2019, sans avoir fourni de preuves de ces dates.

Un plagiat reconnu

Orélien reconnaît avoir commis des erreurs inacceptables en copiant des textes d'auteurs confirmés après son arrivée au Canada, et il s'en excuse. Le plagiat qu'il admet concerne des articles d'opinion et une nouvelle publiée il y a plus de dix ans, selon The New York Times. La Presse avait auparavant relevé des correspondances entre l'un de ses récits et un texte de l'écrivain français Louis Pauwels, ainsi qu'entre une de ses tribunes et un texte paru dans The Philippine Star. Il écrit qu'il avait un peu plus de vingt ans à l'époque, qu'il voulait aller trop vite, et que l'admiration ne donne à personne le droit de s'approprier les textes d'autrui. Il dit le regretter profondément.

Conséquences pour le roman

Le jury du Goncourt a écarté le roman de la course le 25 septembre, invoquant la nécessité de protéger l'intégrité du prix et de l'institution. L'éditeur canadien Boréal a suspendu ses activités promotionnelles, indiquant ne pouvoir ni confirmer ni infirmer les accusations à ce stade. Le Soir rapporte que la tournée promotionnelle en France et en Belgique a été interrompue début octobre afin que l'auteur puisse rentrer au Québec. RTP rapporte que la publication du livre a été suspendue au Portugal. Les chiffres de ventes diffèrent selon les médias : Le Soir cite plus de 75 000 exemplaires vendus depuis fin août, tandis que De Standaard en cite plus de 65 000. Le Soir indique aussi que le roman reste en lice pour le prix Renaudot.

Dates clés de la controverse sur l'IA et le plagiat d'Orélien
  1. Le compte anonyme X Balance ton Claude affirme que le roman a été presque entièrement écrit avec l'IA
  2. Le jury du Goncourt écarte le roman de la course au prix
  3. La tournée promotionnelle en France et en Belgique est interrompue
  4. Orélien nie l'usage de l'IA et reconnaît un plagiat dans une déclaration à l'AFP

Le roman et le récit de l'auteur

Le roman suit Jonas Dorléon, un enseignant qui fuit Haïti alors que la violence des gangs submerge le pays et traverse 12 pays lors d'un périple dangereux vers le Canada. Orélien affirme que l'histoire s'inspire de son propre exil et de celui d'autres migrants, et qu'il a parlé à de nombreux Haïtiens ayant vécu l'exil pendant qu'il l'écrivait. Il vit au Québec depuis 2010, après avoir quitté Haïti. Dans sa déclaration, il décrit des semaines de ce qu'il appelle un lynchage médiatique et un harcèlement raciste, et affirme que les accusations remettent en cause son humanité autant que son métier.