Les marchés obligataires réévaluent la dette française
Les obligations d'État françaises restent sous pression, les investisseurs exigeant un rendement plus élevé pour les détenir. Bloomberg rapporte que les obligations européennes se sont stabilisées après une semaine de fortes variations, la baisse des prix du pétrole apportant un peu de répit, mais les investisseurs restent prudents. Les investisseurs exigent la prime la plus élevée pour détenir de la dette française plutôt qu'italienne depuis la création de l'euro, et les fonds spéculatifs devraient profiter de tout rebond pour renforcer leurs positions à la baisse. Le taux d'intérêt moyen des obligations émises par la France cette année est passé de 3,14 % en 2025 à 3,55 %, tandis que l'obligation à dix ans a approché 5 %, un niveau inédit depuis près d'un quart de siècle, selon 20 minutos. La demande sur les émissions à moyen et long terme dépassait encore de 2,5 fois le montant offert jusqu'en septembre, selon l'Agence France Trésor.
Dette et déficit face au Royaume-Uni
Le Guardian chiffre la dette française à 115,6 % du PIB en 2025, avec un déficit budgétaire de 5,1 %, contre 94,3 % et 4,3 % pour le Royaume-Uni. Le déficit français doit atteindre 5,4 % cette année, et Roland Lescure, homologue français du chancelier britannique John Healey, a promis de suivre la même voie sur la réduction du déficit sans avoir encore précisé comment. John Healey est en passe de réduire le déficit budgétaire britannique cette année et en 2027. Les investisseurs s'inquiètent de l'incapacité du gouvernement français à maîtriser les dépenses et à mettre fin à une longue période d'« incontinence budgétaire », et les marchés sont déstabilisés par des tendances similaires au Royaume-Uni, aux États-Unis et plus récemment en Italie. Le Guardian désigne la France comme la principale source d'inquiétude, cernée par les dettes des secteurs public et privé.
Qui achète la dette française
La France doit trouver des acheteurs pour 340 milliards de dette en 2027, et Allianz Research indique que la capacité du marché à absorber d'importants volumes d'obligations françaises a chuté de plus de 50 % par rapport aux niveaux habituels. Les banques étrangères et d'autres investisseurs financiers détiennent environ 36 % des obligations d'État françaises, selon Allianz, et les investisseurs japonais en détiennent environ 137 milliards, soit près de 5 % du marché. La crainte est qu'une partie de cet argent ne retourne au Japon si les investissements y deviennent plus attractifs. La Banque de France réduit ses avoirs à mesure que les obligations achetées dans le cadre des programmes d'urgence de la BCE arrivent à échéance, ce qui oblige Paris à trouver d'autres acheteurs. En 2027, la France devra lever 28 milliards de plus que cette année, et une grande partie servira à refinancer une dette plus ancienne émise lorsque les taux étaient bien plus bas.
Grenouilles, notations et comparaison avec la Grèce
20 minutos rapporte un nouvel acronyme moqueur, « Frogs » (grenouilles), qui fait écho à l'étiquette « Pigs » appliquée aux pays d'Europe du Sud lors de la crise de 2011-2012. Lilia Peytavin, analyste chez JP Morgan AM, indique que les pays dont les finances publiques sont les plus dégradées, dont la France, sont les plus pénalisés à mesure que les taux montent dans un contexte de flambée des prix du pétrole. La décision de notation de Moody's est attendue le 23 octobre, et le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a averti cette semaine dans le Financial Times que la France risque d'être « étranglée par les taux d'intérêt ». Plusieurs entreprises du CAC 40, dont LVMH et TotalEnergies, ont récemment emprunté à des taux inférieurs à ceux de l'État français. Interrogé sur un possible scénario à la grecque, Nicolas Forest, directeur des investissements chez Candriam au Luxembourg, a déclaré :
Nous en sommes loin. La France n'a pas de problème de financement immédiat, et seulement 14 % de la dette arrive à échéance en 2027.
Manifestations, entreprises et pression politique
Les manifestations étudiantes sont de retour dans les rues françaises, huit ans après la hausse des prix des carburants qui avait fait descendre les gilets jaunes dans la rue et déclenché la première grande crise du mandat d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron envisage son départ l'année prochaine. Une enquête du Medef, citée par le Guardian, révèle que 82 % des entreprises se disent pessimistes quant à l'impact de la politique économique du prochain gouvernement, et 66 % estiment que leur activité deviendrait vulnérable, voire ferait faillite, si la politique restait bloquée pendant les cinq prochaines années. Antonio Fatas, professeur d'économie à l'Insead, estime que la situation politique et économique a poussé la France au bord de l'effondrement financier.
Si je regarde la situation politique, je panique. C'est parce que trop de partis politiques disent : laissons la France brûler.
Avertissements d'économistes et de banquiers centraux
Paul Krugman, économiste lauréat du prix Nobel, a écrit dans une publication Substack datée du 8 octobre que la dégradation des finances publiques françaises plaçait le pays sur une trajectoire insoutenable et risquait de déclencher une crise de la dette dans toute la zone euro. Il a écrit :
La situation actuelle de la France est vraiment préoccupante.
L'un des principaux banquiers centraux allemands a qualifié la récente vague de ventes d'obligations de « signal d'alarme clair » indiquant que les investisseurs s'inquiètent des efforts des gouvernements pour maîtriser la dette, citant les États-Unis aux côtés de la France. Le Monde soutient que la tempête sur les marchés obligataires mondiaux doit beaucoup à une politique américaine incohérente, affirmant que Donald Trump a remis en cause les alliances traditionnelles et déstabilisé l'ordre commercial.