Un nouveau front dirigé par Kabila
L'ancien président Joseph Kabila a été nommé à la tête d'un nouveau mouvement politico-militaire, le Front pour la Refondation de la Nation (FRN), qui remplace l'alliance AFC/M23. Le groupe a été présenté lundi 12 octobre à la résidence de Kabila à Goma, ville de l'est du Congo sous contrôle du M23. Kabila, 55 ans, a exercé le pouvoir de 2001 à 2019 et a été condamné à mort par contumace par un tribunal militaire en septembre 2025 pour trahison et crimes de guerre. L'annonce intervient un an après cette condamnation, et jusqu'ici ses liens avec la rébellion n'avaient jamais été confirmés officiellement.
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Direction et programme
Corneille Nangaa, ancien commissaire électoral qui dirigeait l'Alliance du fleuve Congo (AFC), devient chef adjoint aux côtés de Bertrand Bisimwa, cadre du M23, tandis que Sultani Makenga occupera les fonctions de chef d'état-major de l'alliance. Freddy Kaniki, médecin et responsable de la santé au sein du M23, est nommé secrétaire général. La déclaration politique du FRN attribue principalement la crise du pays à Kinshasa, qualifie les élections de 2023 de chaotiques et le gouvernement d'illégitime. Elle accuse le président Félix Tshisekedi d'affaiblir les institutions, d'alimenter l'insécurité et le tribalisme et de mal gérer les ressources nationales. S'exprimant pour la coalition, son porte-parole Claude Ibalanky a résumé l'objectif sans détour.
Le nouveau mouvement mettra fin à la tyrannie par tous les moyens nécessaires, y compris le recours à la force.
Réactions divisées
En RDC, les réactions sont partagées. Adolphe Amisi Makutano, responsable de l'Union pour la démocratie et le progrès social, le parti du président Tshisekedi, a accusé Kabila de manquer de courage et a qualifié l'affaire de honte pour le pays. Jules Ngeleza, membre de la société civile au Nord-Kivu, a déclaré que l'annonce n'était pas une surprise, les services de renseignement congolais pointant depuis longtemps des liens directs entre Kabila et le M23. Il craint que cette initiative ne nuise aux processus de paix en cours, tout en préférant attendre de voir. Un jeune entrepreneur du Nord-Kivu s'est dit attristé par cette alliance et a accusé la rébellion d'avoir tué des personnes à Goma et à Bunagana. L'activiste Ezechias Muhongya a exprimé un avis différent.
Pour nous, Joseph Kabila est un homme d'initiatives, un créateur de mouvements qui ont toujours aidé le pays à sortir de très mauvaises situations.
Muhongya a rejeté l'idée que l'ancien président ait créé une plateforme rebelle, présentant l'initiative comme une possible sortie d'impasse.
Contexte du conflit
L'insurrection du M23 dure depuis près de 15 ans dans l'est du pays, riche en minerais. L'ONU indique que plus de 7,8 millions de personnes sont déplacées et que 28 millions sont confrontées à des pénuries alimentaires, selon les chiffres ci-dessous.
Les États-Unis et l'ONU accusent le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali dément. L'ONU a estimé la rébellion à environ 30 000 combattants, sans compter les soldats rwandais. Goma et Bukavu sont sous contrôle du M23 depuis janvier 2025. Kabila est rarement apparu en public après avoir quitté le pouvoir en 2019, ce qui rend son rôle ouvert dans la rébellion d'autant plus marquant.
