Un accord qui assouplit l'objectif de 2035

La France et l'Allemagne ont annoncé vendredi 16 octobre une position commune sur les règles européennes en matière d'émissions automobiles, afin de bâtir une nouvelle majorité au sein de l'Union européenne pour réviser le plan visant à mettre fin à la vente de voitures neuves à moteur thermique en 2035. Selon ce compromis, les constructeurs réduiraient les émissions de CO2 des véhicules neufs de 90 % à partir de 2035, au lieu de 100 %, et les 10 % restants n'auraient plus à être compensés par des carburants neutres en carbone ou d'autres mesures. Les constructeurs pourraient continuer à vendre des modèles essence et diesel neufs tant que leurs flottes globales respectent les nouveaux plafonds. Des sources diplomatiques de l'AFP ont indiqué que l'accord avait été conclu jeudi, et que le texte étendrait les « super-crédits », que la Commission avait proposés pour les petites voitures électriques abordables, à tous les véhicules, quelle que soit leur taille ou leur longueur.

Accord franco-allemand sur les émissions automobiles : dates clés
  1. La Commission propose de réduire les émissions de CO2 des voitures de 90 % d'ici 2035, les 10 % restants devant être compensés
  2. Des sources diplomatiques de l'AFP indiquent que l'accord a été conclu jeudi
  3. La France et l'Allemagne annoncent vendredi l'accord commun sur les émissions automobiles

Made in Europe et aides d'État

La Commission avait proposé en 2025 cette réduction de 90 %, les 10 % restants devant être couverts par l'acier bas carbone et des investissements dans les carburants alternatifs. Berlin a accepté des conditions plus strictes sur les aides d'État aux constructeurs, et les subventions à l'achat de véhicules iraient principalement à des voitures produites dans l'UE, au Royaume-Uni et dans les pays de l'Espace économique européen. L'acier et l'aluminium verts utilisés dans la production européenne compteraient favorablement dans le calcul des émissions des entreprises. Les règles du Made in Europe couvriraient les pays qui étaient membres du marché unique de l'UE au 1er janvier 2020, un ensemble qui inclut le Royaume-Uni. L'inclusion britannique nécessiterait un accord distinct garantissant la réciprocité et l'alignement avec les règles de l'UE sur les investissements des pays tiers et avec les mesures de protection européennes. Un porte-parole du bureau du Premier ministre britannique au 10 Downing Street a déclaré que l'inclusion du Royaume-Uni serait une évolution positive pour son industrie automobile nationale, mais que la proposition franco-allemande devait encore obtenir un consensus.

Réactions à Berlin, à Paris et dans les Länder

Le chancelier Friedrich Merz a écrit dans un message que l'accord était une bonne nouvelle pour les automobilistes et l'emploi.

Une bonne journée pour les automobilistes et l'emploi en Allemagne, en France et en Europe.

— Friedrich Merz

Il a indiqué que lui et Emmanuel Macron s'étaient entendus sur des mesures portant sur la liberté de choix, la neutralité technologique et les objectifs climatiques, un message en faveur de l'investissement. Le ministre des Finances Lars Klingbeil a déclaré que l'accord renforçait la production nationale, avec davantage de produits étiquetés made in Germany et made in Europe, et que l'Allemagne ne devait pas se limiter à assembler des composants asiatiques. Il a ajouté que les constructeurs devaient investir sur les sites allemands et sécuriser les emplois. Emmanuel Macron a souligné que l'Europe devait continuer à innover, investir et produire tout en protégeant le climat et l'emploi. La ministre de l'Environnement Carsten Schneider a soutenu que les voitures électriques s'imposeraient de toute façon en raison de leur avance technologique, et que l'accord donnait du temps et des incitations pour investir dans la production européenne. Le ministre-président de Basse-Saxe Olaf Lies, qui siège au conseil de surveillance de Volkswagen, a qualifié l'accord de signal fort pour l'emploi chez les constructeurs, les équipementiers et les usines du Land.

Swantje Michaelsen, députée écologiste chargée des transports, a exprimé l'avis inverse.

Quiconque affaiblit aujourd'hui les objectifs de 2035 crée une nouvelle incertitude et met en danger la compétitivité de l'industrie automobile allemande.

— Swantje Michaelsen

Elle a accusé le gouvernement fédéral de freiner l'industrie automobile plutôt que de la soutenir, et a estimé que le problème résidait dans les hypothèses du chancelier, non dans le moteur thermique. Les organisations environnementales se sont dites très déçues, alors qu'elles voulaient une transition complète vers les voitures électriques à batterie d'ici 2035.

Questions encore ouvertes

Avant l'annonce, des sources diplomatiques citées par Reuters décrivaient un accord proche, mais un projet franco-allemand pas encore finalisé. Le projet définirait le Made in Europe comme couvrant les 27 États membres et d'autres partenaires européens du marché unique au 1er janvier 2020. Paris a plaidé pour des règles favorisant uniquement les produits fabriqués dans l'UE, tandis que l'Allemagne et d'autres États membres soutiennent que les pays tiers étroitement liés aux chaînes d'approvisionnement automobiles ou disposant d'accords de libre-échange devraient être inclus. Paris a également accepté davantage de flexibilité pour les véhicules à moteur thermique, que Berlin voulait préserver pour protéger son industrie automobile. Les pays non membres de l'UE pourraient rejoindre le dispositif volontairement, selon le projet, et les propositions doivent encore obtenir une majorité au sein du bloc.