Cérémonie de remise à Francfort

L'autrice Shida Bazyar a remporté le 5 octobre le Prix du livre allemand 2026 pour son roman « Die Lücken », lors d'une cérémonie dans la Kaisersaal du Römer de Francfort. L'événement constitue l'ouverture traditionnelle de la Foire du livre de Francfort. Bazyar a été choisie parmi six finalistes, un groupe qui comprenait Valeria Gordeev, autrice de « Die Zikade entschlüpft ihrer goldglänzenden Hülle » et lauréate en 2023 du prix Ingeborg-Bachmann et en 2026 du prix littéraire aspekte. Le représentant du jury et membre du directoire du Börsenverein, Sebastian Guggolz, a annoncé la décision.

Le roman « Die Lücken » reflète près de cent ans de vie allemande ambivalente, à partir des destins individuels de ses personnages.

— Sebastian Guggolz

Dans son discours de remerciement, Bazyar a décrit des sentiments partagés à l'idée de recevoir un prix pour un livre qui relate persécution, terreur et meurtre. Elle a souligné que les infractions antisémites et racistes enregistrées en Allemagne ont atteint des niveaux records, ajoutant que chaque groupe minoritaire a aujourd'hui des raisons de s'inquiéter. Bazyar a cité une phrase de la théoricienne politique Hannah Arendt à propos de l'année 1933.

Le problème, le problème personnel, n'était pas ce que nos ennemis ont fait, mais ce que nos amis ont fait.

— Hannah Arendt

Histoire provinciale et structure narrative

Publié en septembre 2026 chez Kiepenheuer & Witsch, « Die Lücken » a pour centre le village fictif de Heimesbach, dans le Hunsrück, un analogue de la ville natale de Bazyar, Hermeskeil, près de Trèves. Le récit s'étend des années 1920 aux années 2010 et met au jour la participation des habitants aux politiques nationales-socialistes, à l'époque où la commune servait de village nazi modèle (« Gaumusterdorf »). Une narratrice défunte guide l'histoire à travers le temps, passant des victimes aux bourreaux, des témoins aux immigrés de la fin du XXe siècle.

Le roman entrelace plusieurs chronologies générationnelles. Dans les années 1920, deux amies, Johanna et Lore, dansent dans une taverne où, des décennies plus tard, un personnage nommé Saman boit une bière, sans savoir que l'une des deux femmes a trahi l'autre par ambition à l'époque nazie. Dans les années 1990, la sœur de Lore, Anni, vit dans une maison de retraite où une immigrée iranienne nommée Parvaneh travaille comme aide-soignante. Parvaneh emmène plus tard sa fille Bahar à l'anniversaire d'une fille nommée Petra, dont la grand-mère a travaillé dans les années 1980 au Modehaus Wagner, un commerce installé dans un grand magasin auparavant confisqué à ses propriétaires juifs.

Recherche archivistique et contexte littéraire

Bazyar a intégré au roman des documents historiques, détaillant les pogroms de novembre 1938, l'aryanisation des biens juifs et le blanchiment d'après-guerre des auteurs locaux. Elle a conservé les noms réels et les données biographiques d'anciens habitants juifs de Hermeskeil, dont le vétérinaire Heinz Kahn, né dans cette ville 66 ans avant Bazyar. Lorsqu'on lui a proposé plus tard la citoyenneté d'honneur, Kahn a refusé en raison du sort de sa famille pendant la Shoah.

Mon père aussi a reçu beaucoup de médailles et il a quand même été gazé.

— Heinz Kahn

Bazyar a commencé à enquêter sur le passé de sa ville natale en 2019, après avoir lu une étude d'un historien local sur la vie juive sous le national-socialisme. Elle a choisi de situer le livre dans la ville fictive de Heimesbach pour se ménager une plus grande liberté littéraire tout en ancrant des biographies précises dans les faits d'archives. L'ouvrage relie la mémoire provinciale allemande à son propre parcours d'enfant de réfugiés politiques partis d'Iran pour la Rhénanie-Palatinat à la fin du XXe siècle.

Si je dis maintenant que j'écris sur Hermeskeil, alors je devrais aussi m'engager sur certaines autres questions historiques.

— Shida Bazyar

« Die Lücken » est le troisième roman de Bazyar, après « Nachts ist es leise in Teheran » en 2016 et « Drei Kameradinnen », tous deux publiés chez Kiepenheuer & Witsch. En mai 2026, la traduction anglaise de son premier roman a été nommée pour l'International Booker Prize. La reconnaissance de l'autrice à la Foire du livre de Francfort fait suite à son implication dans des projets commémoratifs locaux dans la région du Hunsrück.

Jalons littéraires et de recherche de Shida Bazyar
  1. Publication du premier roman Nachts ist es leise in Teheran chez Kiepenheuer & Witsch
  2. Bazyar découvre des documents d'archives locales sur les habitants juifs de Hermeskeil
  3. La traduction anglaise du premier roman est nommée pour l'International Booker Prize
  4. Publication du roman Die Lücken chez Kiepenheuer & Witsch
  5. Die Lücken reçoit le Prix du livre allemand à Francfort