Une blessure grave à Lens

Un élève de 15 ans d'un lycée professionnel a eu la main arrachée lundi 5 octobre dans la ville de Lens, dans le nord de la France, après l'explosion d'une grenade de désencerclement de la police lors de manifestations lycéennes. Le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, a indiqué que l'adolescent avait été rapidement transporté à l'hôpital et que son pronostic vital n'était pas engagé. Des sources syndicales policières ont rapporté que l'élève avait tenté de ramasser et de renvoyer une grenade chargée de projectiles en caoutchouc, mais M. Lauch a précisé que les enquêteurs cherchaient encore à déterminer si l'engin avait été ramassé ou s'il était tombé directement sur lui. Après l'explosion, le lycée professionnel de Lens a suspendu l'accueil en présentiel, basculé les cours à distance et mis en place une cellule de soutien psychologique pour les élèves.

Bilan des blessés et enquêtes policières

L'affrontement de Lens s'ajoute à un nombre croissant de blessés recensés depuis l'extension des manifestations lycéennes fin septembre. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a ouvert dix enquêtes sur l'action des forces de l'ordre, dont une sur un élève de 16 ans qui a perdu un œil après avoir été touché par ce qui serait un projectile en caoutchouc de la police. Selon les chiffres officiels cités par le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, 715 policiers et gendarmes ont été blessés, ainsi que 215 élèves et 85 personnels de l'éducation, dont 34 chefs d'établissement et adjoints. La Ligue des droits de l'homme a critiqué les techniques de maintien de l'ordre employées contre les élèves, y voyant une sortie de l'État de droit.

Blessures signalées lors des manifestations lycéennes en France
Policiers et gendarmes715Élèves215Personnels scolaires85

Fermetures d'établissements et revendications nationales

Les manifestations ont entraîné l'annulation des cours dans environ 400 établissements du secondaire lundi, par crainte de troubles, tandis que des étudiants de 30 à 40 universités se sont également joints au mouvement. Le mouvement est né dans les banlieues défavorisées de Paris, notamment en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, avant de s'étendre à des villes de province comme Angers et Nantes, où des troubles antérieurs ont inclus des blocages au lycée Chevrollier et un incendie au lycée Nelson-Mandela. Les manifestants réclament des effectifs supplémentaires pour remédier aux absences chroniques d'enseignants, la réduction des classes surchargées, la rénovation de bâtiments dégradés, une révision de la plateforme d'admission universitaire Parcoursup et des journées plus courtes.

Chronologie de l'escalade des manifestations lycéennes en France
  1. Les manifestations sur les conditions scolaires commencent en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne
  2. Des blocages touchent des lycées de province et un incendie endommage un lycée à Nantes
  3. Un élève perd une main à Lens et 400 établissements suspendent les cours
  4. Les syndicats et les organisations étudiantes lancent une journée nationale de grève

Affrontement politique et mobilisation syndicale

Les manifestations ont dégénéré en un vif différend politique entre le gouvernement et le parti d'opposition de gauche La France insoumise. Des députés, dont Louis Boyard, Clémence Guetté et Aurélie Trouvé, sont restés présents sur les piquets de grève devant les établissements, ce qui a valu au gouvernement d'accuser l'opposition d'organiser et de diriger les troubles. Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a rejeté ces accusations, présentant la mobilisation comme une défense de la jeunesse contre les violences policières et saluant la participation officielle des principales organisations étudiantes, enseignantes et syndicales à la grève nationale du mardi 6 octobre.

Partout, le signal est donné du rassemblement des forces.

— Jean-Luc Mélenchon

Position du gouvernement et réponse législative

Dans un entretien diffusé mardi matin, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a défendu la réponse du gouvernement tout en répondant aux griefs des élèves concernant la dégradation des locaux et les heures de cours perdues. M. Geffray a souligné que les actes illégaux auraient des conséquences judiciaires et a renvoyé à un texte de loi en préparation visant à étendre la responsabilité financière des personnes causant des dégâts matériels lors de rassemblements publics.

La violence illégale est une violence qui doit être punie.

— Édouard Geffray