L'interdiction du parcours parisien

Les étudiants et les lycéens sont retournés dans la rue mardi 3 novembre, au terme de deux semaines de vacances d'automne, et Paris est devenu le théâtre d'un bras de fer sur le lieu de leur défilé. La préfecture de police de Paris a pris lundi 2 novembre un arrêté interdisant un parcours allant du Panthéon au siège du Medef, l'organisation patronale française. Interfac IDF, qui se présente comme l'assemblée générale des étudiants des universités d'Île-de-France, a contesté cet arrêté devant la justice, mais le tribunal administratif a rejeté sa demande d'annulation. La préfecture a ensuite précisé dans un communiqué le seul parcours autorisé.

le seul parcours autorisé est donc celui allant de la Porte de Charenton à la Porte de Montreuil

— Préfecture de police de Paris

Plusieurs milliers d'étudiants et de lycéens se sont malgré tout rassemblés dans le centre de Paris, certains scandant qu'on ne les empêcherait pas de manifester. La préfecture a indiqué que deux cortèges interdits avaient été repérés et immédiatement encadrés par les forces de l'ordre, et qu'ils avaient été retenus pendant environ une heure avant de se diriger vers la Sorbonne et de se disperser calmement.

Moments clés de la séquence de protestation à Paris et au niveau national
  1. La préfecture interdit le parcours du Panthéon au Medef alors que les mobilisations reprennent après les vacances d'automne
  2. Environ 2 000 étudiants et lycéens marchent calmement vers le Panthéon
  3. Grève interprofessionnelle nationale contre le coût de la vie

Estimations de foule et arguments des manifestants

Les autorités ont évalué la foule entre 15 000 et 30 000 personnes, tandis que Marion Ogier, avocate d'Interfac IDF, a déclaré qu'elle en attendait environ 2 000 et que l'interdiction avait été prise sans audience. Vers 14 h 30, environ 2 000 étudiants et lycéens ont été vus marchant calmement vers le Panthéon. Dans un communiqué, Interfac IDF a dénoncé le parcours qui lui avait été imposé.

un parcours humiliant, en dehors du centre-ville et à des kilomètres de là où nous voulons aller : le Medef

— Interfac IDF

Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne (USL), a déclaré à BFMTV que le gouvernement menaçait le droit de manifester par des interdictions de dernière minute.

Établissements, universités et interpellations

Le ministère de l'Éducation nationale a recensé 48 lycées bloqués ou perturbés mardi matin sur environ 3 700 dans le pays, et a indiqué qu'aucune perturbation n'avait été enregistrée dans trois quarts des départements. L'USL a contesté ce chiffre et avancé celui de 500 établissements bloqués. Le ministère de l'Enseignement supérieur a indiqué que 51 établissements d'enseignement supérieur sur 184 étaient perturbés mardi, tandis que l'Union étudiante affirmait qu'une université sur deux était touchée. Lundi, 15 % des établissements d'enseignement supérieur avaient signalé des perturbations, et l'université Dauphine à Paris est restée fermée, sans réouverture prévue avant vendredi 6 novembre. À Lyon, environ 900 étudiants ont rejoint une manifestation matinale autorisée, et 17 interpellations ont été signalées dans la métropole lyonnaise. À Rennes, environ 30 lycéens ont bloqué l'accès au lycée Bréquigny, l'un des plus grands établissements du pays, et un membre du personnel leur a dit qu'ils n'étaient pas majoritaires.

Établissements signalés comme bloqués ou perturbés le 3 novembre (établissements)
Lycées, décompte du ministère de l'Éducation48Lycées, chiffre de l'USL500Établissements d'enseignement supérieur, décompte du minist…51

Revendications, police et grève de jeudi

Les lycéens demandent la suppression de Parcoursup, et le gouvernement s'est engagé à le remplacer progressivement d'ici 2028. Les étudiants jugent insuffisantes les mesures de l'exécutif, notamment une enveloppe de 5 milliards d'euros pour la rénovation des bâtiments qu'il a approuvée, les modifications des conditions d'accès à l'enseignement supérieur et la revalorisation des bourses. Les enseignants du lycée Voltaire, dans l'est de Paris, se sont mis en grève en solidarité avec les élèves, contestant ce qu'ils ont décrit comme une forte présence policière devant l'établissement. L'USL a accusé la police de plaquer des élèves contre les murs et d'envoyer des compagnies de CRS dans les lycées. Une grève interprofessionnelle nationale contre le coût de la vie est prévue jeudi 5 novembre, et les syndicats s'attendent à une montée des tensions ce jour-là.