Les groupes revendiquent les attaques

Les groupes pro-russes Noname057(16) et Z-Pentest Alliance ont revendiqué les attaques dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, une revendication rapportée par Tg1 le 4 novembre. Dans ce message, ils affirment qu'aucun logiciel malveillant n'était nécessaire et que seuls des systèmes intégrés ont été exploités, et ils assurent que leur portée s'étend à l'approvisionnement en eau, aux centrales électriques, aux sites industriels et aux installations de stockage alimentaire. Pour étayer leur propos, ils ont publié 2 500 lignes issues d'une base de données Danfoss sur Telegram, dont des identifiants et des mots de passe, selon De Morgen et 7sur7. Leurs canaux Telegram ont depuis été mis hors ligne et leurs publications supprimées, si bien que ces revendications ne peuvent pas être vérifiées de façon indépendante.

Comment les attaques se sont propagées

Les pirates auraient basculé à distance en mode dégivrage les évaporateurs des groupes de froid, réchauffant les chambres froides et les meubles réfrigérés, selon De Morgen et 7sur7. La faille se situerait dans les systèmes de régulation de température fournis par le fabricant danois Danfoss. Adnkronos rapporte que les températures ont atteint jusqu'à 50 degrés. Le lundi 2 novembre, les systèmes de refroidissement de supermarchés en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Suède, en Finlande, en Estonie et en Irlande ont été touchés. Le mardi 3 novembre, l'Allemagne, la Roumanie et le Royaume-Uni se sont ajoutés à la liste, selon Deutsche Welle. Ce média rappelle aussi que des centaines de supermarchés en France ont dû jeter des produits périssables en octobre à cause de pannes de réfrigération, dans ce qui semble avoir été une action de pirates similaire.

Jalons des attaques contre le refroidissement des supermarchés, 2026
  1. Des centaines de supermarchés en France jettent des produits périssables après des pannes de réfrigération
  2. Les systèmes de refroidissement de sept pays européens sont touchés, selon De Morgen et 7sur7
  3. L'Allemagne, la Roumanie et le Royaume-Uni s'ajoutent à la liste des pays touchés
  4. Tg1 rapporte que Noname057(16) et Z-Pentest revendiquent les attaques dans une vidéo sur les réseaux sociaux

Les autorités et l'impact

En Italie, le Palazzo Chigi a indiqué, après une réunion entre le sous-secrétaire d'État Alfredo Mantovano et le ministre de l'Agriculture Francesco Lollobrigida, en présence du directeur de l'agence nationale de cybersécurité et des directeurs des services de renseignement, qu'il n'y avait pas d'alerte mais une vigilance maximale. Le gouvernement a affirmé que l'impact en Italie était très limité, touchant quelques unités commerciales sur des milliers dans le pays, le plus souvent dotées de systèmes de sécurité obsolètes et d'interfaces exposées directement à internet. Les premières informations faisaient état de 20 établissements touchés, selon Deutsche Welle. Au Royaume-Uni, Paul Chichester, directeur des opérations du National Cyber Security Centre, a déclaré que l'industrie de transformation de la viande avait été touchée et que l'impact était minime. Le directeur du centre, Richard Horne, a confié à la BBC que le problème concernait toute la chaîne d'approvisionnement alimentaire britannique et que des équipes avaient travaillé toute la nuit pour prévenir les entreprises à risque.

Allemagne, Roumanie et Belgique

En Allemagne, la réfrigération d'un supermarché géré par l'association caritative Arbeiterwohlfahrt à Wetter-Volmarstein, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a été attaquée. Les températures ont grimpé dans les meubles réfrigérés et les zones de stockage extérieures, et le magasin a dû jeter de grandes quantités de nourriture. L'ampleur des dégâts reste floue. Sandrae Salten, responsable de l'organisation, a estimé que la véritable cible des pirates semblait être l'entreprise qui assure la maintenance à distance des systèmes de réfrigération. Deutsche Welle compte quatre supermarchés touchés en Allemagne et six en Roumanie, selon les autorités et des représentants d'entreprises. En Belgique, des dizaines de magasins de plusieurs enseignes ont signalé des pannes de refroidissement, et le parquet fédéral a ouvert une enquête.

Supermarchés signalant des pannes de refroidissement, au 3 novembre (supermarchés)
Allemagne4Roumanie6

Qui est derrière

Des chercheurs de plusieurs entreprises analysent les données de pots de miel, des systèmes leurres conçus pour paraître vulnérables et attirer les attaquants. Selon la BBC, trois entreprises ont déployé de faux pièges logiciels de congélateurs, et les experts n'excluent pas des groupes russes, tout en citant aussi la possibilité de hacktivistes iraniens, de pirates liés à des États ou d'adolescents. Lupovis, une entreprise basée à Strathclyde, a observé une activité sur ses pots de miel à partir de 10 jours avant la seconde vague, et ses leurres, répartis dans le monde, n'ont été sondés que depuis l'Europe. Ryan Dewhurst, de la société espagnole Previdian, estime que ces frappes simultanées témoignent d'une préparation.

Le fait que tous ces congélateurs aient été touchés simultanément suggère une planification et une coordination.

— Ryan Dewhurst

Eric Schouten, ancien officier de l'AIVD, a déclaré à AD que les revendications pourraient bien être exactes, vu le palmarès de ces groupes en matière d'attaques contre des stations de traitement des eaux, des approvisionnements énergétiques et des systèmes de contrôle industriels. Il ajoute que les auteurs n'ont pas encore été identifiés de façon indépendante et que cela ne signifie pas que l'État russe a ordonné les attaques.

La cause profonde

Christoph Fischer, expert en sécurité informatique à Karlsruhe, fait porter la responsabilité principale aux fabricants d'appareils connectés. Selon lui, il s'agit d'une défaillance grave : les systèmes de contrôle sont livrés avec des réglages d'usine et des mots de passe standard, et les exploitants auraient dû recevoir des mises à jour du fabricant imposant de modifier ces identifiants par défaut. Il met aussi en garde contre une réduction du problème au seul commerce alimentaire, en soulignant que la technologie connectée équipe les installations photovoltaïques et les pompes à chaleur, et que les appareils privés sont de plus en plus connectés sans nécessité.

« C'est totalement impardonnable », a déclaré Fischer à propos des paramètres par défaut.

— Christoph Fischer

Tout n'a pas besoin d'être connecté à internet.

— Christoph Fischer

Le porte-parole de la Commission européenne, Thomas Regnier, a indiqué que les agences de l'UE sont en contact avec les autorités nationales pour préparer une réponse coordonnée et que les incidents ne sont pas isolés. Le parquet fédéral belge a ouvert une enquête, et les auteurs n'ont pas été identifiés de façon indépendante.